Groupe Communiste, Républicain et Citoyen

Les débats

Une intervention pour protéger les populations ou pour défendre les intérêts pétroliers de Total et de BP ?

Intervention militaire en Libye -

Par / 22 mars 2011

Dès vendredi, j’avais demandé avec mes amis du Groupe CRC-SPG une réunion du Parlement pour débattre de l’intervention militaire de notre pays en Libye.

Aujourd’hui, elle est de droit de par la constitution, mais je ne peux que regretter, une nouvelle fois, qu’à la différence d’autres pays, nombreux, l’exécutif puisse décider une telle intervention avant que les représentants du peuple n’en soient informés et, bien entendu, sans leur accord.

Au regard des très importantes conséquences à attendre d’une telle décision, le débat préalable du parlement serait légitime et très utile.
Depuis des mois, le monde arabe est en ébullition, les peuples dans de nombreux pays de la région se soulèvent contre leurs dictateurs. Si les conditions sont différentes d’un pays à l’autre, les exigences de démocratie et de justice sont partout présentes. A n’en pas douter, ces mouvements sont de grande portée.

Le moins que l’on puisse dire est que le pouvoir en France, comme d’ailleurs les pays européens, a été pris à contrepied par les révolutions tunisienne et égyptienne, lui qui a soutenu jusqu’au moment dernier l’ami Ben Ali, ou qui avait fait de l’ami égyptien Moubarek le vice président de l’Union pour la méditerranée.

Alors, aujourd’hui, soudaine prise de conscience de la dictature libyenne ? des exactions de Kadhafi contre son peuple, lui qui a été reçu ostensiblement avec tous les honneurs il y a deux ans à Paris ?
Ou défense des intérêts pétroliers de Total comme de BP ?
Ou opération de promotion du président de la république sur la scène internationale dont il a bien besoin ?
Attention danger !

Présentées aux opinions publiques comme indispensables pour protéger les populations, promouvoir la démocratie, juguler le terrorisme, repousser l’islamisme, au pire quelques manipulations mensongères, les interventions militaires des occidentaux notamment en Irak et en Afghanistan, vous ont montré, s’il en était besoin, les souffrances qui en ont découlé pour les peuples, les incapacités à résoudre les problèmes des peuples concernés, à fortiori à instaurer la démocratie.

Le soulèvement populaire en Libye a besoin de soutien contre la répression sanglante déclenchée par Kadhafi.
Nous en sommes convaincus. Nous avons constaté d’ailleurs que les insurgés, s’ils demandent de l’aide, veulent contrôler les moyens de leur libération et ses suites. Par contre ont-ils sollicité une telle intervention militaire extérieure ?

Les sénateurs de mon groupe estiment absolument nécessaire que la communauté internationale se préoccupe de la protection des populations civiles en Libye comme d’ailleurs partout où elles sont menacées : Yémen, Bahreïn, Côte d’Ivoire, et peut-être demain dans de nombreux pays qui essaient de secouer leur joug.

La question est comment ? Et là, il est légitime de s’interroger.
Est-ce que les dispositions évoquées par la résolution 1973 du Conseil de sécurité le 26 février ont-elles été mises en œuvre avec détermination ? Embargo sur les armes, gel des avoirs libyens, embargo sur le pétrole ?
Pourquoi les offres de médiations internationales ont-elles été refusées ?
Pourquoi n’a-t-on pas encouragé les efforts de l’union africaine par une solution pacifique ?

Ces préoccupations nous ont amené à émettre des réserves sur la résolution 1973 à laquelle a poussé la France. Celle-ci adoptée par 10 voix pour et 5 abstentions, présentée comme ayant pour seul but de protéger les populations civiles, sous l’égide de l’ONU, mais par tous les moyens, ce qui s’est immédiatement révélé source d’interprétations diverses.
Quel est l’objectif réel ? Les opérations militaires engagées depuis samedi ne font qu’accroître nos interrogations.

Des observateurs ont évoqué un « véritable carnage » sur la route de Benghasi à Ajdabiya. Qu’en est-il exactement ?
Le France reconnait des bombardements de quatre véhicules blindés de l’armée libyenne, autour de Benghazi, mais aussi des missiles visant directement Tripoli et une résidence de Kadhafi.

Combien de morts dans ce qu’il apparait clairement être une guerre en Libye ?
Aujourd’hui, des réserves s’expriment largement. L’union africaine a refusé de s’associer à l’opération, la ligue arabe, associée à l’intervention, mais qui conteste l’interprétation de la résolution 1973, les réticenses des pays du Magrheb mais aussi les divisions de l’union européenne et des opinions publiques des pays européens engagés y compris en Grande Bretagne.
Par ailleurs, certains pays demandent le transfert du commandement de l’opération à l’Otan. Pouvez-vous nous confirmer que les opérations se font sous le seul commandement américain qui ont décidé de l’appeler « l’aube de l’Odyssée ! ». Quelle est la position de la France sur le commandement ?
Dans les circonstances actuelles, la transparence doit être totale pour que notre peuple, ses représentants aient la vision la plus exacte de la situation en Libye.

Pouvez-vous nous donner des éléments sur le Conseil national de transition ? Quels rôles y jouent les anciens dirigeants kadhafistes ?
La coordination est-elle réelle entre les démocrates de Benghazi et les forces armées qui combattent le régime libyen en ce moment même ?
L’objectif n°1 affiché en premier point de la résolution 1973 est le cessez le feu.

Celui-ci pour fonctionner doit être comme le demande l’union africaine respecté par tous. Comment agir pour permettre dans les faits, dans la transparence le respect de ce cessez le feu ?
Monsieur le Premier ministre, la France a-t-elle décidé de protéger les populations civiles, de toutes les populations civiles comme l’exige M. Moussa, dirigeant de la ligue arabe, ou a-t-elle décidé d’éliminer physiquement Kadhafi ?

Monsieur le Premier ministre, tout doit être mis en œuvre aujourd’hui pour faire taire les armes. La logique de guerre, le déploiement considérable de forces, ne peut rien entrainer de bon.

Quand considérerez-vous que l’objectif de la résolution 1973 sera atteint ?
Monsieur le premier ministre, il faut stopper cette logique de guerre qui, au motif d’une aide bien tardive aux aspirations des peuples, aurait tous les stigmates d’une guerre occidentale dans la région.

Allez-vous au Conseil de Sécurité annoncé Jeudi, alors que vous qualifiez l’intervention militaire de succès, porter la voix d’une solution pacifique ?

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