Groupe Communiste, Républicain et Citoyen

Tribunes libres

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Des solutions d’humanité pour en finir avec la « jungle » de Calais

Cul-de-sac migratoire -

Par / 18 décembre 2015

Àplus d’un titre, Calais se trouve dans une impasse. Impasse des politiques sécuritaires trop longtemps seules mises en œuvre jusqu’au déploiement aujourd’hui de plus de 1100 gendarmes et CRS. Dans une réponse à la maire de Calais en septembre 2014, je dénonçais déjà l’inefficacité et le coût de cette fermeté affichée au nom de la lutte contre « l’appel d’air » : procédures administratives, judiciaires, reconduites à la frontière et déplacements d’office qui atteignent aujourd’hui des sommets (un millier de personnes renvoyées ces dernières semaines vers des centres de rétention administrative).

Impasse d’une logique qui voudrait séparer réfugiés politiques et migrants économiques « qui ont vocation à être reconduits à la frontière » selon Bernard Cazeneuve quand la « jungle » de Calais est peuplée d’Érythréens, d’Afghans, d’Irakiens et peu de Syriens. Impasse humaine si l’on considère les conditions inhumaines infligées à des hommes et à des femmes qui ont déjà vécu l’horreur dans leur long périple. Impasse des logiques
de guerre et de grandes puissances menées au Moyen-Orient depuis 25 ans qui ont fait le lit des dictateurs et de Daesh.

Avant tout, je tiens à rendre un hommage appuyé à la population calaisienne qui subit une triple peine : un taux de chômage record qui dépasse 16 % de la population active tandis que les suppressions d’emplois se multiplient (dentelle, Tioxide, My ferry Link...) ; la pauvreté et la précarité puisque Calais figure parmi les 10 villes les plus pauvres de France ; les conséquences dans leur vie quotidienne de ce cul-de-sac migratoire et de l’extrême misère qui l’accompagne.

Malgré ces conditions particulièrement difficiles, une grande majorité de Calaisiens démontre chaque jour son sens des responsabilités et de l’hospitalité. Hommage aux associations humanitaires présentes 24 h sur 24 aux côtés des réfugiés, et qui mènent un travail irremplaçable d’accompagnement (social, juridique, sanitaire...) et de lien humain.

Il a tout de même fallu que Médecins du Monde et le Secours Catholique-Caritas saisissent le tribunal administratif de Lille pour que soit reconnu officiellement que les 4500 migrants de Calais « étaient bien exposés à des traitements inhumains et dégradants » en étant entassés dans des conditions insalubres. Qu’en sera-t-il cet hiver de ces conditions, sachant que le terrain est marécageux ?

Il aura même fallu que le juge des référés du Conseil d’État soit saisi (après appel du ministre de l’Intérieur et de la Maire de Calais) pour que l’État soit condamné à créer dix points d’eau supplémentaires et cinquante latrines, enfin, à mettre en place un dispositif de collecte des ordures, à nettoyer le site et à permettre l’accès des services d’urgence. Hommage aux réfugiés livrés à eux-mêmes, souvent soumis à la loi des passeurs, qui réussissent cependant à s’organiser a minima pour éviter le pire dans cette « jungle » où ne pénètre pas la police et où règne la loi du plus fort.

Les sénateurs communistes du Nord-Pas-De-Calais rencontrent régulièrement les salariés du port et du Tunnel sous la Manche, les syndicalistes, les associations humanitaires et les réfugiés eux-mêmes.

Ils lancent aujourd’hui un appel pressant au gouvernement. Nous connaissons la mobilisation des services de l’État, du ministre de l’Intérieur lui-même comme le démontrent ses fréquents déplacements à Calais. Ses dernières déclarations ont marqué une nouvelle approche. Du point de vue humanitaire, le ministre de l’Intérieur a annoncé la création de places supplémentaires pour les femmes et les enfants sous des tentes chauffées qui seront installées par la Sécurité civile, l’installation de 125 containers chauffés avec couchage pour mettre à l’abri (mais quand ?) 1500 personnes.

Enfin, l’État recense à travers la France des locaux permettant de créer des
« centres d’accueil et d’orientation » pour offrir un temps de répit aux réfugiés, leur permettre de bénéficier d’un accompagnement et de reconsidérer leur projet de migration vers le Royaume-Uni. Les sénateurs communistes du Nord-Pas-de-Calais soulignent en premier lieu les limites de ces annonces : c’est maintenant sans plus tarder qu’il faut mettre fin à ce désastre humain. Avec les associations humanitaires, nous dénonçons le caractère tardif de ces dispositions qui ne prennent toujours pas la mesure du problème. Nous rappelons au ministre de l’Intérieur et au gouvernement qu’il y a aujourd’hui 4500 réfugiés à Calais après 6000 en octobre, mais aussi 1500 d’entre eux à Grande-Synthe et des centaines d’autres à Norrent-Fontes, Angres ou Tatinghem...

Quand le gouvernement français arrivera-t-il à anticiper vraiment pour être à la hauteur de la situation ? Nous, parlementaires communistes du Nord-Pas-De-Calais, nous disons que la logique de la force est vaine comme le démontre l’échec des déplacements forcés. Ainsi l’évacuation du camp de Téteghem s’est-elle conclue par le retour dans les campements de l’immense majorité des déplacés qui souhaitent d’abord se rendre au Royaume-Uni où ils ont de la famille, où les petits boulots sous-payés sont légion et où ils sauront parler la langue ! Nous demandons solennellement au Président de la République d’interpeller le Premier ministre britannique. La contribution financière de la Grande-Bretagne à la sécurisation des installations portuaires, la création d’un énième mur en Europe ne fait, ni le compte, ni n’est la solution.

Le durcissement sécuritaire avec une frontière quasi étanche ne fera que rendre encore plus explosif le cul-de-sac migratoire. La Grande-Bretagne, qui est prompte à revendiquer ses intérêts auprès de l’Union européenne, qui n’est pas dans la zone Schengen, doit prendre aussi sa part à l’accueil des réfugiés. La France doit renégocier les accords du Touquet signés par Nicolas Sarkozy et qui ont mis la frontière anglaise à Calais ! Enfin, nous portons l’exigence du devoir d’hébergement pour tous les réfugiés dans des Centres d’Accueil éclatés où ceux-ci pourront être encadrés, sécurisés et orientés, de même que des mesures exceptionnelles, économiques et sociales pour les habitants du Calaisis.

Initiatives n°97

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