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Le besoin d’un nouveau pacte agricole et alimentaire

Crise agricole -

Par / 14 novembre 2016
Tribune parue dans Initiatives n°101.

L’Agriculture française est en crise depuis plusieurs mois, voire des années selon les productions. Élevage, grandes cultures, fruits et légumes, apiculture… partout dans nos campagnes, des hommes et des femmes se retrouvent dans des situations graves que nous ne pouvons plus ignorer.

Au-delà des problèmes de trésorerie, c’est le système entier qu’il nous faut repenser pour accompagner ces travailleurs de la terre vers une agriculture qui leur assure un revenu décent. Élément fondateur de la construction européenne, la PAC n’assure plus ses missions essentielles. En abandonnant la régulation des productions et des marchés agricoles, l’UE s’est rendue encore plus dépendante pour son approvisionnement alimentaire.

Les agriculteurs sont contraints de vendre à perte malgré les nombreuses aides européennes. C’est injuste et cela ressemble à de la maltraitance humaine dans nos campagnes. Les produits agricoles ne doivent jamais être considérés comme de simples marchandises librement échangeables, soumises à la spéculation. Tout simplement, car ils répondent à un besoin premier de l’humanité, s’alimenter.

Cette hécatombe actuelle dans le monde agricole est inédite et ne cessera pas d’elle-même. Des dizaines de milliers d’emplois agricoles ou liés à l’agriculture sont en jeux, sans omettre, l’équilibre économique et paysager de nos territoires, la gestion environnementale… La dignité des agriculteurs cache pourtant un nombre croissant de cessations d’activité, de demandes de RSA ou de situations encore plus dramatiques. « C’est le monde à l’envers, nous payons pour travailler.

Et si l’exploitation tombe, nous perdons notre maison, notre terrain… c’est toute notre vie qui s’écroule » me témoignait une femme d’agriculteur. Pour la seule filière laitière, le prix payé au producteur a perdu plus de 10 centimes en deux ans représentant une perte de l’ordre de plusieurs milliards d’euros. Cette condition est la résultante directe de la surproduction occasionnée par la fin des quotas et d’une offre trop abondante par rapport à la demande. Cette crise laitière impacte directement la filière viande bovine qui s’enlise dans un contexte de production tendue. Après la hausse des abattages de vaches laitières, nous assistons à l’abattage des vaches allaitantes pour faire face aux problèmes de trésorerie.

Les éleveurs ont été les premiers touchés. Aujourd’hui, les céréaliers sont en grande difficulté avec des récoltes désastreuses. Les pertes de rendement seraient évaluées entre 30 % et 50 % selon les régions. Certes, le Gouvernement a engagé plusieurs plans d’aides exceptionnelles en faveur du monde agricole, marquant sa volonté de trouver des solutions. C’est bien de répondre à l’urgence, mais rien n’est réglé pour l’avenir. De nouvelles mesures d’urgence s’imposent de nouveau afin de redonner espoir à des milliers de producteurs.

Concernant les filières de production, il est impératif d’encadrer le pouvoir des grands groupes alimentaires tout en redéfinissant la notion du prix payé aux producteurs permettant une couverture en permanence des coûts de production et surtout un revenu digne. Pour les trésoreries, plusieurs solutions pourraient être envisagées comme la prolongation de l’année blanche, la prise en charge de la totalité des intérêts des prêts, le versement anticipé de l’avance de trésorerie des aides PAC 2016 et enfin, le doublement par notre pays des aides européennes. Quelques aménagements relatifs aux prélèvements obligatoires apporteraient un peu d’oxygène.

Je ne suis pas partisan d’une exonération des cotisations sociales. En effet, ces cotisations sont porteuses d’une solidarité entre les secteurs d’activité. Mais cette entraide pourrait se traduire pour le monde agricole par un dégrèvement total de la TFNB, une prise en compte des cotisations sociales pour les exploitants les plus touchés. Mais ce nouvel élan ne peut s’effectuer sans un engagement complet de nos politiques publiques tant au niveau national qu’international. Réorientons la PAC vers ses fondements, stoppons les discussions autour du TAFTA et du CETA, harmonisons l’Europe sociale pour limiter les distorsions de concurrence, favorisons l’installation des jeunes agriculteurs par des outils de régulation du foncier.

Les enjeux sont énormes, les attentes infinies. Au-delà de la recherche de solutions conjoncturelles, nous devons reprendre notre avenir agricole en main. Le fonctionnement de toutes les filières agricoles est à bout de souffle. L’agriculture est faite d’hommes et de femmes, courageux, intelligents, qui ne comptent pas leurs heures. Une agricultrice rencontrée récemment me disait que « rien que pour ça, on a droit à plus de respect ». Prenons-la au mot et rebâtissons ensemble un nouveau pacte agricole et alimentaire. Nous allons devoir réécrire collectivement notre avenir pour l’éclaircir et rendre fiers ses travailleurs de la terre.

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