Groupe Communiste, Républicain et Citoyen

Tribunes libres

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Notre peuple doit pouvoir reprendre la main sur son destin économique

Journées d’étude des parlementaires communistes, républicains et citoyens et du Parti de gauche -

Par / 14 septembre 2016
Discours introductif.

Ces journées parlementaires sont particulières. Elles se déroulent à sept mois de l’élection présidentielle, à 9 mois des élections législatives et à moins d’un an des élections sénatoriales.

Elles sont particulières, car depuis septembre 2015, la violence a gagné dans notre pays. De terribles attentats ont eu lieu après la tragédie de Charlie Hebdo et notre pays s’est installé dans l’état d’urgence. L’inflation sécuritaire gagnant sans que les causes du mal, les racines, ne soient réellement débattues, sans que les bonnes armes soient données à notre société, les armes du progrès, les armes de la culture, les armes de l’éducation.

Alors que notre pays s’enlisait dans des débats dangereux, stériles, inefficaces, comme la constitutionnalisation de la déchéance de la nationalité et l’état d’urgence, que le tout sécuritaire semblait s’imposer à la place de tout autre débat, le grand mouvement contre la loi Travail a surgi, s’est développé, a continué, a tenu bon contre vents et marées, a bravé l’interdiction de manifester vite remballée par François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, pour reprendre dès demain, malgré la promulgation du 9 août dernier et la validation partielle, très partielle, par le Conseil Constitutionnel. La fin de l’été a connu de nouvelles tentatives de dévoiement du débat avec l’irresponsable polémique sur le burkini ou le show Macron, ministre dont la vacuité apparaît avec l’affaire Alstom.

Mais, il faut maintenir le cap !

Rappelons-nous le CPE. Ce dernier fut retiré après la promulgation. L’idée d’abroger la loi Travail n’est pas une utopie. C’est un objectif raisonnable, un objectif atteignable. Nous pourrons débattre ici du chemin pour y parvenir.

L’unité du mouvement social qui grandit, telle qu’affichée à la Fête de l’Humanité, peut permettre de gagner.

Cet objectif d’abrogation est immédiat, mais il est aussi un objectif de campagne.
La gauche du changement, la gauche qui n’en peut plus de la soumission au marché, à la loi du capitalisme, doit faire de l’abrogation de la loi Travail un formidable argument de campagne.

Aujourd’hui encore, nos concitoyens sont majoritairement hostiles à cette loi. À nous de faire le lien avec le reste. Cette loi travail n’est pas née de rien. Elle est née de l’exigence des marchés, de l’exigence de la Commission de Bruxelles, son fidèle soldat, pour dégager plus de profit, encore plus de profit à placer dans des circuits juteux de l’évasion fiscale qu’Alain et Eric ont dénoncée avec talent, avec construction, avec humour aussi, dans leur livre « Sans domicile fisc » dont l’idée fut forgée lors de la commission d’enquête qu’ils portèrent pour nos groupes comme rapports au Sénat comme à l’Assemblée nationale.

L’abrogation de cette loi est un impératif démocratique, un impératif social. Faut-il proposer au débat le dépôt rapide d’une proposition de loi portant cette abrogation ? C’est une question sont il faut que nous parlions.

Aujourd’hui, il faut construire l’alternative, créer les conditions de rompre avec ce dilemme terrible : le choix entre une droite qui fait une politique de droite et une gauche qui mène une politique de droite.

Cette rupture doit intervenir sur le plan économique, financier et social, mais aussi sur le plan institutionnel.

La rupture, c’est tourner le dos à cette France du chômage et de la précarité. Depuis plus de 40 ans maintenant, la France connaît le chômage de masse. Notre objectif est le plein emploi.

Seule une société permettant à toutes et à tous de trouver sa place selon ses compétences pourra se remettre à l’endroit.

La relance de l’industrie nationale dans le cadre du développement durable doit être une priorité absolue.

La situation d’Alstom, l’annonce insupportable de la fermeture du site de Belfort doit être un déclic et placer au cœur du débat politique après les déboires d’AREVA et tant d’autres entreprises, l’avenir industriel de notre pays.

Avec mon ami André Chassaigne, nous proposons que dès les premiers jours de la session parlementaire qui va s’ouvrir, un débat sur la politique industrielle de la France se tienne dans nos assemblées. Nous ne partons pas de rien sur le sujet : je pense au débat que nous avions initié au Sénat et au rapport sur l’industrie ferroviaire présenté en son temps par A. Bocquet.

Nous demandons que le gouvernement prenne ses responsabilités pour empêcher la fermeture du site belfortain et que l’ensemble des emplois soit préservé. Un plan a été annoncé hier après-midi, mais il s’agit surtout de déshabiller des sites pour en habiller d’autres ce qui ne règle en rien les questions de fond.

La stupeur des salariés et de la population est d’autant plus grande que l’entreprise venait d’annoncer la signature d’un contrat historique aux États-Unis pour la construction du train à grande vitesse américain.

Peu savent que ces contrats prévoient la construction des rames sur le sol de l’acheteur. Comment remplir le carnet de commandes d’Alstom ? L’Etat, mais aussi les régions doivent prendre leur responsabilité. Rappelons que l’État est actionnaire à 100 % de la SNCF.

Où est censé aller l’argent ? Au profit du développement de l’entreprise et dans la juste rétribution de ceux qui la font vivre, les travailleurs ou bien comme trop souvent aujourd’hui, au profit des actionnaires et des circuits financiers.

Comment ne pas voir non plus une concomitance de cette décision avec la récente cession des activités électriques au géant américain General Electric.

Notre peuple doit pouvoir reprendre la main sur son destin économique. Il faut placer des limites aux prises de participation étrangères dans les entreprises de notre pays.
Cette mondialisation des finances des entreprises brouille les pistes, rend impossible la riposte en cas de conflit, renforce le fatalisme. Les salariés ne savent même plus qui les emploie.

Reprendre la main c’est aussi permettre à la collectivité publique de reprendre la main sur l’activité financière dans notre pays.

Les banques sont au cœur des dérives du capitalisme depuis des décennies. Elles sont au cœur de ce grand mouvement de la mondialisation financière, véritable tourbillon qui sème désordre, désarroi et misère.

Je soutiens la proposition de Pierre Laurent d’approfondir notre proposition de pôle public et financier en appelant à la nationalisation de la BNP et de la Société Générale. Bien sûr, il faudra donner un autre contenu aux nationalisations, un autre sens qu’en 1981, mais il s’agit d’une étape obligatoire, décisive, pour rendre le pouvoir au peuple, pour lui donner un outil d’émancipation.

Une décision immédiate est à prendre dès le prochain projet de loi de Finances pour cesser la complaisance à l’égard du patronat et des actionnaires. C’est l’abrogation du CICE, de ce scandaleux cadeau qui ponctionne le budget de l’État, l’argent du peuple.
M-F. Beaufils a démontré ce mécanisme dans un rapport édifiant, rendu public fin juillet.

Le CICE doit être abrogé dès la prochaine loi de Finances. C’est un non-sens économique, un gâchis insupportable.

Où est allé l’argent du CICE ? Sans plagier quiconque, les Français ont le droit de savoir.
Cette question peut aussi être posée à l’égard du CIR qui organise l’évasion fiscale internationale comme l’a démontré B. Gonthier-Maurin dans son rapport issu d’une commission d’enquête sénatoriale.

La loi de finances pour 2017, la dernière du quinquennat, sera l’occasion pour nos groupes de contester une nouvelle fois l’austérité imposée dès 2012 par F. Hollande. Ce ne sont certainement pas les aménagements à la marge en matière d’impôt sur le revenu qui effaceront le matraquage dont sont victimes les classes moyennes modestes alors que les plus riches et les entreprises sont largement épargnés.

Cela n’effacera pas l’étranglement financier des collectivités locales et ses conséquences dramatiques sur la vie quotidienne de nos concitoyens et sur la marche de notre économie.

Une autre politique c’est un autre budget fondé sur une nouvelle répartition des richesses qui seule peut permettre la justice fiscale, la justice sociale et l’investissement massif pour l’emploi.

L’économie, c’est aussi l’avenir de l’agriculture. Demain matin, certains d’entre nous se rendront dans une ferme pour débattre avec les agriculteurs de la crise laitière et plus généralement, de leur immense difficulté à survivre dans leur activité à vivre de leur métier qui constitue, rappelons-le encore aujourd’hui, l’un des gros atouts de la France.

Notre industrie alimentaire est la première du monde. Peut-on imaginer que la mondialisation produise cet effet monstrueux que nous le demeurions avec une agriculture en voie de disparition.

André Chassaigne reviendra j’en suis sûre dès la discussion sur cette question fondamentale.

La rupture sur le plan économique et social c’est aussi construire une autre Europe, en terminer avec des traités qui ont mis en place une Europe dévouée aux marchés, une Europe de la concurrence acharnée du dumping social poussée à la caricature par la surexploitation indécente des travailleurs détachés.

Le diktat de l’actuelle construction européenne est l’un des signes les plus manifestes de la crise de la démocratie dans notre pays comme d’ailleurs dans beaucoup d’États membres.

La montée des nationalismes est inquiétante et doit être soulignée. Le score de l’extrême-droite à la dernière élection régionale montre que la bête immonde se nourrit toujours du chômage, de l’austérité, de l’absence de démocratie qui caractérise actuellement les grandes décisions économiques et financières.
Le Brexit anglais est un signe précurseur non moins inquiétant d’une dislocation européenne tournée vers le repli sur soi, vers un triomphe des idéologies xénophobes dans de nombreux États.

Nous devons nous exprimer avec une grande clarté sur ce point, continuer à dénoncer avec force les traités de Maastricht et de Lisbonne, mais en y opposant une démarche de progrès social, de solidarité entre les peuples, une démarche de générosité vis-à-vis du monde et ceux qui fuient guerre et misère.

Enfin, car je tiens à vous laisser la parole, la rupture doit être démocratique, institutionnelle.

Notre peuple n’en peut plus de la Vème République sans forcément le formuler ainsi.
Mais le rejet du politique, et non de la politique, le rejet d’une oligarchie qui affiche une indécence des lois, entre monde politique financier et économique, l’effarement devant des affaires de corruption, jamais sanctionnées, j’évoque bien entendu le cas Dassault, les hommes politiques impliqués dans de nombreuses affaires qui continuent comme Nicolas Sarkozy à occuper le devant de la scène, implique un changement de République. Le cas Sarkozy est emblématique. Il décrédibilise aux yeux de beaucoup l’idée de justice.

Au moment où l’on tente de redresser l’idéal républicain, son maintien dans la course présidentielle a un effet dévastateur, dans la jeunesse en particulier.
Nos concitoyens ne comprennent plus à quoi sert le Parlement et on peut les comprendre, ils se perdent dans les débats d’une décentralisation hors contrôle, ils ne savent plus qui décide quoi et où cela se décide. À Bruxelles, à l’Élysée, à Matignon, au Parlement ? À la région, au département ; à la mairie ou dans un EPCI ?

Le Parlement doit être rétabli dans son rôle prépondérant, d’élaboration de la loi et de conduite des affaires du pays. Ce seul point exige de passer à une VIe République, car la Vème République organisait l’affaiblissement des assemblées au profit de pouvoir présidentiel.

Le mode de scrutin proportionnel doit être généralisé. Nous ne craignons pas l’affrontement politique et idéologique avec le Front national. L’élection présidentielle cause du dévoiement du débat, de la personnalisation doit être supprimée.
Enfin, l’inscription citoyenne, le contrôle citoyen, doivent être organisés pour réconcilier le peuple avec le pouvoir, pour rendre le pouvoir au peuple qui lui est aujourd’hui confisqué.

Chers Camarades,

En quelques minutes, j’ai essayé de présenter quelques éléments forts de cette rentrée qui vont nourrir notre travail de parlementaires et j’espère que vous comprendrez aisément que je ne sois pas revenue sur l’ensemble de ce que nous avons produit tant à l’Assemblée nationale, qu’au Sénat et au Parlement Européen depuis nos rencontres de l’an dernier.

Mais, sans forfanterie, je peux affirmer que nos deux groupes avec nos élus et l’ensemble de nos collaboratrices et collaborateurs fournissent un travail considérable que beaucoup reconnaissent et qu’ils ont été utiles dans les mouvements sociaux et les débats politiques tant nous avons toutes et tous veillé à nourrir nos interventions et commissions diverses de propositions alternatives.

Les semaines à venir vont susciter beaucoup de débats en perspective des échéances électorales. Chacune et chacun y participera pour porter notre ambition commune de transformer la majorité sociale de progrès qui s’exprime dans le pays en majorité politique.

Je suis persuadée que nous apporterons toutes et tous notre pierre pour construire avec nos concitoyens un bel édifice.

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