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Les questions orales

L’ensemble des questions orales posées par votre sénatrice ou votre sénateur. Au Sénat, une question orale peut, suivant les cas, être suivie d’un débat. Dans ce cas, chaque groupe politique intervient au cours de la discussion.

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Position de l’Union européenne dans la négociation au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce avant la conférence de Hong Kong

Par / 27 octobre 2005

Madame la Présidente,
Madame la Ministre,
Mes chers Collègues,

L’enjeu de la prochaine conférence ministérielle est décisif. Il s’agit de relancer les négociations du vaste programme de Doha, lequel prévoit la prééminence du droit du commerce sur les droits humains, sociaux, culturels et environnementaux.

En effet, à l’occasion de la quatrième conférence ministérielle de l’OMC, un accord sur l’ouverture d’un cycle de négociations commerciales internationales a été conclu, grâce aux pressions économiques exercées par les pays industrialisés sur les pays en développement.

Si ce programme de négociations évoque à de multiples reprises l’importance de la promotion du développement, il répond en fait surtout aux attentes des pays riches et il contribue à donner davantage de pouvoirs à l’organisation tout en restreignant le droit pour chaque pays de promouvoir son propre modèle de développement. Les effets calamiteux de cette mondialisation des échanges, pour la majorité des pays, sont ressentis dans tous les secteurs d’activité.

Les conséquences négatives de la libéralisation agricole pour les pays en développement et les exploitations les plus vulnérables sont indéniables, madame la ministre.
La concurrence globale toujours plus forte entre marchés agricoles conduit à l’exclusion massive des plus petits exploitants et à une concentration des richesses. Libéraliser à tout crin l’agriculture aboutit à faire reposer la sécurité alimentaire sur la production des pays les plus compétitifs, lesquels imposent, par leurs pratiques, des prix de revient inférieurs aux coûts de production. De telles pratiques ne peuvent conduire qu’à l’écrasement de l’agriculture des pays les plus pauvres, remettant ainsi en cause la souveraineté alimentaire de ces derniers.
Aujourd’hui, force est de constater que les résultats obtenus par les pays en développement en matière de sécurité alimentaire sont des plus alarmants.

L’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, estime que le déficit commercial agricole des pays en développement atteindra 31 milliards de dollars d’ici à 2030, contre 18 milliards de dollars en 2015. Celui des pays les moins avancés, dont les importations à la fin des années quatre-vingt-dix étaient, en valeur, deux fois supérieures à leurs exportations, sera multiplié par quatre d’ici là.

Face à cette situation, madame la ministre, les signataires des accords OMC doivent respecter leurs engagements concernant l’aide alimentaire aux pays les plus vulnérables. En outre, ils doivent reconnaître le droit à l’autosuffisance alimentaire et garantir des prix minima pour les agricultures paysannes.
Concernant l’accès au marché des produits d’exportation, cette question est primordiale pour les pays en développement, car elle conditionne la mise en valeur de leur potentiel agricole. Si l’accord sur l’agriculture a entraîné des réductions tarifaires à l’entrée des marchés des pays développés, elles se sont révélées, dans la réalité, beaucoup moins généreuses que ce qui était promis aux pays en développement.

D’une part, les réductions des droits pour les produits de base et les produits transformés ont été relativement faibles. D’autre part, la progressivité des droits, qui fait augmenter les tarifs douaniers en fonction du niveau de transformation des produits, continue d’entraver l’accès au marché des pays développés et cantonne les pays en développement à l’exportation de produits primaires alors que les échanges annuels de produits agricoles transformés représentent plus de 60 % de l’ensemble des échanges mondiaux de produits agricoles.

A cela s’ajoute la complexité de la structure tarifaire qui finit de décourager le développement d’une activité de transformation dans les pays d’où proviennent les matières premières. En effet, la structure tarifaire appliquée aux produits agricoles par certains pays développés prévoit de multiples aménagements, comme les droits spécifiques, ainsi que des disparités et un manque de transparence dans la gestion des droits appliqués aux contingents tarifaires.
S’agissant des aides internes, les pays en développement, en raison des programmes d’ajustement structurel, soutiennent très peu leur agriculture. En outre, le fait d’avoir notifié des soutiens nuls à l’OMC les empêche, en raison des périodes de référence utilisées par les règles multilatérales, de mettre en oeuvre aujourd’hui des soutiens aux prix et les mécanismes de régulation des cours.

Or, pour ces pays, ce sont les soutiens les moins coûteux, car ils pèsent moins sur le budget limité de l’Etat que les aides directes au revenu. La seule possibilité actuellement pour un pays en développement est d’utiliser les aides classées en boîte verte, c’est-à-dire entièrement découplées de la production. Etant directement financées par le budget de l’Etat, le faible niveau de ce dernier, conjugué au poids de la dette, les rend en fait inaccessibles à la plupart des pays en développement.
Les pays développés, quant à eux, ont négocié un accord protégeant leurs politiques agricoles. En 2002, le soutien total à l’agriculture dans les pays riches était estimé, dans l’ensemble de la zone OCDE, à 318 milliards de dollars.

Enfin, l’accord agricole impose de diminuer le montant des subventions à l’exportation, mais celles-ci restent importantes et les règles ne couvrent pas les formes de soutien aux exportations, tels les crédits commerciaux, l’aide alimentaire utilisée à des fins commerciales et les entreprises commerciales d’Etat.

Ainsi, le libre-échange mène à l’injustice, car il fait gagner les pays les plus richement dotés et remet en cause le droit à la sécurité alimentaire des plus faibles, en déstabilisant les agricultures locales et en augmentant le coût de la facture alimentaire.

Il convient de mesurer la diversité des situations agricoles des membres de l’OMC. Une réponse politique, économique et technique adaptée doit être apportée par la communauté internationale. Or celle-ci n’a engagé et ne propose encore que des aménagements au système en vigueur, qui n’apportent aucune solution sérieuse pour remédier à la pauvreté et au sous-développement.

L’impératif d’autosuffisance et de sécurité alimentaire exige une exception au libre-échange. Il faut instituer une exception alimentaire, qui garantirait le droit de vivre de tous les hommes. La France, avec ses partenaires européens, doit défendre cette ambition pour le cycle de Doha, qui doit effectivement devenir le cycle du développement.

Un autre exemple des conséquences engendrées par la libéralisation des échéances est « l’affaire du coton ». Le coton d’Afrique de l’Ouest est mis à mal par les aides versées par les Etats-Unis à leurs producteurs. Le coût de production de la livre de coton aux Etats-Unis est de 0,7 dollar, mais les subventions versées permettent de réduire ce dernier à 0,4 dollar, contre 0,5 dollar en Afrique.
Cette concurrence déloyale a des effets dévastateurs sur les pays qui sont dépendants des recettes d’exportation tirées du coton. Cette affaire du coton, portée à l’OMC par quatre pays africains producteurs faisant l’objet d’une concurrence déloyale de la part d’un pays développé, aurait dû marquer un début de prise de conscience de la nécessité de créer les conditions d’un marché agricole régulé qui protège les productions vivrières des pays pauvres.

Il faudrait adopter le principe de l’élimination de toutes les subventions à la production et à l’exportation de coton.
Concernant la négociation sur l’Accès au marché des produits non agricoles, le NAMA, la formule proposée est celle de la réduction des tarifs douaniers. La solution que veulent imposer les pays industrialisés s’appliquerait à tous les produits. Les tarifs douaniers seraient soumis à une réduction proportionnelle à leur montant. Plus ils sont élevés et plus la réduction serait importante. Les pays en développement qui ont maintenu des tarifs plus élevés que les pays industrialisés seraient désavantagés, alors même qu’ils en tirent des ressources importantes.

Par ailleurs, la libéralisation des services au profit des seules entreprises multinationales des pays riches se poursuit. L’Accord général sur le commerce des services, l’AGCS, ne prévoit aucune restriction à cette libéralisation s’agissant des services publics, comme la santé ou l’éducation, mais aussi des services mis en place par les collectivités.

L’AGCS symbolise parfaitement cette vision de la société qui place les marchés avant les hommes. Il faudrait exiger une renégociation de l’AGCS incluant la définition des services publics et leur exclusion de tout accord commercial. En tout état de cause, l’Union européenne doit exiger l’exclusion explicite de la santé, de l’éducation, de l’environnement et de la culture de la nomenclature des services soumis à l’AGCS.

Il appartient à l’Europe de veiller à faire respecter et à protéger la notion de service public, ainsi que la diversité culturelle.
Sur ce dernier point, le danger est réel. La libéralisation à tout-va des biens et services culturels entraînerait une uniformisation culturelle portant une atteinte inéluctable à la diversité culturelle, notamment dans les pays les moins développés.

A cet égard, il faut se réjouir que l’UNESCO ait adopté, le 20 octobre dernier, à une écrasante majorité, une convention sur la diversité culturelle : sur 154 pays représentés lors du scrutin, 148 ont voté en faveur du texte, deux s’y sont opposés - les Etats-Unis et Israël - et quatre se sont abstenus.

La convention de l’Unesco marque une réelle avancée en ayant une autre approche de la culture que la seule approche commerciale, comme le prouvent la proclamation de la spécificité des biens culturels et la reconnaissance de la souveraineté culturelle des Etats.

Cependant, la convention n’a pas de contenu normatif. Elle ne crée donc pas d’obligations, elle n’est pas contraignante. Son article 20, notamment, précise que rien dans la convention ne modifie les droits et obligations des parties au titre d’autres traités, tel l’OMC.
Si la diversité culturelle a maintenant un point d’appui important, elle n’est pas gagnée pour autant. Une rapide ratification de la convention, une volonté, une vigilance politique rigoureuse sont donc nécessaires, notamment en Europe : bien qu’elle ait signé la convention, cette dernière prépare une modification de la directive « Télévision sans frontières » allant dans le sens inverse de cette convention.

Afin de respecter le vote des citoyens du 29 mai dernier, la France au sein de l’Union européenne, qui négocie en son nom, doit s’opposer à ces projets destructeurs.
Plus fondamentalement, une discussion doit se développer pour déterminer le statut et le contenu des politiques de l’OMC. L’Organisation mondiale du commerce doit profondément changer, tout simplement en faisant le choix de la politique, et non celui de la soumission au marché.
Après les échecs de Seattle et de Cancún, après les objections argumentées et réitérées depuis des années par les pays en développement aux propositions européennes, il est indispensable que l’Union européenne cesse de dicter aux pays du Sud ce qu’elle estime bon pour leur développement et qui, en fait, ne sert que les intérêts des capitalistes européens.

Il est nécessaire que l’Union européenne accepte enfin que ces pays décident eux-mêmes des critères sur lesquels doit se fonder leur développement.

Plus généralement, il est grand temps que l’OMC mette ses actes en faveur du développement en concordance avec ses discours. La réforme de l’OMC se pose donc avec acuité. Ainsi, les parlementaires du groupe communiste républicain et citoyen considèrent qu’il est impérieux d’organiser la coopération, en élevant le niveau des droits plutôt que la concurrence. Pourquoi ne pas réfléchir à une taxe sur le dumping social, par exemple, dont le produit servirait à financer le développement, basée sur un indice mondial de protection sociale ?

Quoi qu’il en soit, madame la ministre, la première chose à obtenir de l’OMC est qu’elle respecte les objectifs du millénaire : permettre à tous les Etats de tirer également profit du commerce mondial pour favoriser la croissance et le plein-emploi, objectifs signés en 1999 par 185 pays et oubliés aussitôt, madame la ministre.

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Ancien sénateur des Bouches-du-Rhône
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